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«Au début, heure après heure tu t'attends à ce qu'on te ramène la petite. Tu ne peux même pas imaginer que ta fille puisse ne pas être de retour pour la nuit. Pourtant la nuit passe, et ils commencent à chercher dans les endroits sordides. Tu entends le bruit des hélicoptères, tu vois les pompiers se pencher dans les puits, tu sais qu'ils contrôlent les listes des personnes suspectées de pédophilie... Alors tu en arrives même à espérer que le téléphone ne sonne jamais ».
À ceux qui allaient la voir à Mazara del Vallo, Piera Maggio racontait ainsi ses premiers jours sans Denise. Mais on s'habitue à tout, même au téléphone qui sonne, et Piera avait ensuite appris à regarder la peur en face, à s'attendre à ce qu'elle arrive à chaque instant, à chaque minute de la journée. Ce fût elle qui voulut qu'il en soit ainsi: 10 chiffres écrits en caractères gras sur le site Internet dédié à Denise, son numéro de téléphone portable. À ce numéro de téléphone, Piera répondait toujours, c'est elle qui répondait, toujours. Trois ans et trois mois d'attente, entre angoisse et espoir, avec le téléphone comme seul compagnon.
Un enfant perdu fait la Une de l'actualité pendant quelques semaines, et arrive ensuite le jour où l'on doit tout démonter: les fourgons de la télé s'en vont, les hélicoptères cessent de vrombir dans le ciel et les voisins de fouiller les campagnes, enfin un vent africain et malin, chargé de sable, efface pour toujours la dernière trace, les empreintes des petites mains de Denise sur la grille de la maison. Alors Piera Maggio, fille sicilienne qui a eu deux enfants (Kevin et Denise) et a aimé deux hommes (le père naturel de Denise et celui qui l'a reconnue) est partie seule pour la guerre. Sa tranchée, une grande cuisine qui donne sur la rue étroite et poussiéreuse, une de ces rues où tous sont un peu parents et où les enfants jouent sans jamais s'éloigner. Périphérie de Mazara del Vallo, la Tunisie à dix kilomètres en ligne droite, l'Amérique à l'intérieur de la maison et cette île aux anciens codes, vengeances et omerta en fond de toile. Dans cette pièce, chaque matin, Piera mettait le café en route et allumait l'ordinateur pour contrôler ses messages électroniques et se repassait en boucle des photographies, des petites étoiles, une multitude de comptines, le site où Denise Pipitone était condamnée à avoir toujours quatre ans, une griffure sous son œil gauche qui ne guérissait jamais et des sandalettes bleu ciel d'une pointure maintenant dépassée. Dans cet espace sans futur, sa maman, pour ne pas devenir folle, se souvenait du passé : voilà la tarte du premier anniversaire, voilà le petit film du baptême, la photo du premier sourire ; on arrivait à la naissance de Denise, et le temps s'arrêtait. Pour tout le monde, une enfant perdue. Pour Piera, qui ne pouvait l'imaginer qu'en vie, un possible enfant : « Dans ma tête », confiait-elle, « je réussis à suivre sa croissance : j'ai une nièce du même âge, je la vois chaque jour et j'observe les progrès ». Elle l'imagine plus grande et un peu maigrichonne, future écolière aux prises avec le choix de son sac à dos, plutôt dans les bras d'une autre femme, « mon espoir aujourd'hui, est qu'elle se trouve dans une famille capable de lui donner de l'amour » ; non, dans la tête de Piera, le destin de Denise n'était pas celui d'une écrevisse, et avec le temps chaque sonnerie du téléphone s'associait à une nouvelle crainte : « Qui sait si elle se laissera embrasser, lorsqu'ils la retrouveront ; elle ne me reconnaîtra peut-être pas ou sera sur le qui-vive ».
Trois ans et trois mois. Denise, ils l'ont cherchée en vain et partout, entre Milan et Tunis, dans les puits, entre les oliviers et dans les zones d'ombre de sa famille, dans les images volées sur des portables, dans l'intimité violée d'une famille recomposée, dans les visions de voyants. Même si Piera Maggio s'est attirée la médisance de beaucoup de monde - "celle-là est toujours partie, toujours à la télévision" – elle a transformé sa maison en ambassade, s'apparentant à une Madone de procession, elle a appris à parler le langage des policiers – « dans l'instantanéité des faits », elle répétait, « on a perdu un temps précieux pour l'enquête » - et elle s'est mise à naviguer sur Internet pour lancer des appels internationaux, elle a eu des contacts avec les parents des autres enfants disparus et le 26 octobre dernier, jour du septième anniversaire de Denise, elle s'était enchaînée devant le Quirinal pour demander le changement de la loi sur l'enlèvement de mineurs, sa loi.
On dit que depuis quelques temps elle s'est rapprochée du père naturel de Denise (frère et beau-frère de personnes mises en examen à ce jour et père de Jessica, la première suspecte), l'homme qui, pendant les Jeux Olympiques d'hiver de 2006, circulait dans les vallées du Piémont avec la photo de l'enfant disparue, affichée sur son camion.
On dit que le secret de la disparition de Denise se trouve au cœur de cette famille recomposée et maffieuse et cela Piera n'en a jamais douté. Mais ça ne change rien. Le soldat Piera n'a pas l'intention d'éteindre son téléphone ni d'en arrêter la sonnerie qui depuis trois ans l'accompagne sur le chemin de sa vie sans Denise.
Lorsqu'ils ont dit qu'il y avait l'aveu (ndlr. du repenti), elle a répondu logiquement:
« Je n'y crois pas. Tant qu'il ne me sera pas apporté de preuve fiable, je continuerai à croire que ma fille est vivante ».
L’associazione « Cerchiamo Denise » Onlus :
www.cerchiamodenise.it (en italien)
www.cerchiamodenise.org (en anglais)
Le blog : http://cerchiamodenise.blog.aruba.it/
E-mail : aiutiamo@cerchiamodenise.it
Présidente : Madame Piera Maggio
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